lou santonejaire

Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog raconte: des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du
village,  et autres radotages sur le passé et  la vie d'aujourd'hui.
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Mercredi 14 juin 2006

Voici encore trois tout petits santons de Robert Dumas tels que je les ai installés sur une étagère devant le moulin à vent d'Edmond Prados, réplique d'un vrai moulin à vent avec son aire de battage du blé sur le côté. Le pont est de Paul Fouque. Il est là en simple décoration. Anachronique. Il est là car il est à la dimension du moulin et à celle des personnages. Ceci étant que peut bien faire un pont accolé à un moulin à vent ? Dans ma crèche il n'y a pas de pont, il n'y a pas de rivière ni de marre, ni d'étang. Pas d'eau non plus. Dans mon village entouré de garrigues avec des pins, des chênes, des arbustes bas dont les aiguilles piquent les jambes au passage, l'eau il faut aller la chercher loin. Il n'y a pas de rivière à part un ruisseau bordé de quelques près  quil faut connaître. On se demande d'où peuvent sortir les maigres filets d'eau qui disparaissent au premier coup de chaleur. Il n'y a pas de moulin non plus, pourtant je l'installe bien visible en fond de décor, au plus haut de la crèche. Il n'y a pas de moulin au village mais les histoires de moulin à vent ont peuplé les rêves de mon enfance. Le moulin de Daudet à Fontvieille bien sûr, et toutes les aventures des meuniers des pastorales. Les moulins comme les moissons d'avant n'ont pas davantage résisté au progrès technique. Raison de plus pour les faire revivre. Une crèche sans le meunier, son âne portant un sac de farine, ne serait pas vraiment une crèche.

Mardi 13 juin 2006

J'entends encore le bruit du moteur de l'immense batteuse arrivant au village pour la moisson. Avec les autres enfants on sautait de joie en criant "la batteuse arrive , elle est là..." Depuis plusieurs jours les hommes avaient entassé les gerbes de blé les unes sur les autres pour construire d'immenses meuls installées sur le plan de derrière la cave coopérative. On aurait dit de grands chapeaux de géants.Toute la récolte du village se retrouvait là. En fait, une vingtaine de meules en tout, peut-être plus, peut-être moins, je ne sais plus. les champs de blé occupaient bien moins de place que les vignes qui s'étendaient tout au long de la plaine, immense cuvette au pied du village.

Je revois encore la batteuse frémissant dans un bruit de moteur assourdissant aspirer telle un dragon les gerbes de blé, les battre sur un long tapis tandis que notre père se dépêchait d'installer le sac de toile à la sortie pour récolter le grain qui glissait à toute vitesse en dégageant ce parfum de céréale qui envahiossait tout l'espace. Les bottes de paille sortaient de l'autre côté, et chacun repartait avec ses trésors. Je ne sais plus vraiment si notre père vendait le blé mais je sais qu'une bonne part de la récolte servait pour les animaux, et la paille pour renouveler chaque soir leurs litières. Ah cette douce odeur enivrante de la paille dans l'écurie qui finissait par recouvrir, absorber celle plus acide et moins agréable du purin... et puis écouter le bruit tranquille et reposant des machoires du cheval mangeant sa ration de foin, quel bonheur !

Je croyais que ce monde là avait quelque chose d'immuable et d'éternel, que cette vie là durerait longtemps. Quand on est enfant on n'imagine pas qu'on va grandir si vite et que tout ce monde est appelé à disparaître, à n'être plus que souvenirs lointains. Pourtant j'entends encore la voix de mon frère m'appeler en criant "viens vite voir la batteuse arrive !". Reste encore de tout cela la cloche de la place de la mairie qui sonne toujours les heures de cette même note d'un son aigrelet, un peu félé mais violent, qui vient percer l'air comme un grand coup de couteau qui manquerait sa cible.

Lundi 12 juin 2006

Robert Dumas est spécialisé dans les santons de petite taille, 3cm de hauteur. Il fait un travail d'une très grande précision comme on peut le voir avec cette scène du dépiquage  où les personnages apparaissent complétement absorbés par leur travail. L'âne tire le rouleau qui dépique, c'est à dire sépare le grain des gerbes de blé ou de céréales étalées sur l'aire. Après le passage du rouleau, les paysans battent ensuite la paille pour la séparer du grain qui s'entasse sur l'aire.

Chez nous, la moisson a déjà commencé, les blés sont blonds comme un pain sortant du four, doré à point. Mais les machines les plus sohistiqués cantonnent désormais le rôle du paysan à celui d'un technicien agricole hautement qualifié. Les aires de dépiquage ont disparu, comme les les meules de blé dans les champs. Les rouleaux à dépiquer se retrouvent relégués à l'entrée  des jardins des propriétaires de résidences secondaires qui les exhibent comme un brevet leur conférant un titre d'appartenance  privilégié au monde d'une soit-disante culture locale authentique.

Des moissons d'avant ne reste plus que la beauté des champs de blé dans la lumière incomparable des chaudes journées de juin. Alors, même si représenter la récolte du blé dans les crèches à Noël est quelque peu anachronique, l'hommage qui est ainsi rendu à la vie rude et pénible des paysans d'autrefois est lourd de signification et d'attachement à la vraie culture du village rassemblé autour de la crèche pour lui offrir le meilleur de lui-même.

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