lou santonejaire
Lou santonejaire, (prononcez "santonédjaïré") c'est en languedocien celui qui santonèje. Santonéjer c'est se prendre un peu pour un santon, faire le santon. Vous l'avez compris, tout petit, si je ne suis pas né dans une crèche, j'ai du y tomber dedans.
Mon blog
raconte des histoires de santons, de crèches, de traditions, de taureaux, la vie du village et autres radotages sur le passé ou la vie d'aujourd'hui.
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Il est interdit de copier photos et textes.
Le "Coup de Mistral" est créé en 1952 par Paul Fouque. Ce santon va le rendre célèbre dans le monde entier. Pour la première fois les formes d'un santon épousent le mouvement qui l'anime, lui donne vie. On entend presque le souffle puissant du vent qui soulève la cape du berger, l'empêche d'avancer, tout occupé qu'il est à tenir son chapeau et à résister contre la tempête.
Reproduit à des milliers d'exemplaires dans toutes les tailles, depuis 2cm jusqu'au santon de 50 cm. Il faut d'abord mouler à part 15 pièces différentes puis les assembler pour créer le santon. Cinquante après, en 2002, pour fêter le jubilé une édition nouvelle du santon a été réalisée par mireille Fouque.
Celui qui est sur cette photo date des années 80. C'est le premier santon de Paul Fouque que j'ai acheté à la foire de Garon près de Nîmes, en 13 cm. Naturellement, il est signé Paul Fouque. La Renaude est le pendant féminin de ce santon. Elle est venue vite compléter mon premier achat. Ainsi a commencé ma collection de santons Paul Fouque.
Je suis allé régulièrement pendant des années visiter son atelier à Aix et son étal installé dans une des baraque en bois qui font le charme de la foire aux santons d'Aix. Jusqu'à sa mort Paul Fouque était présent à la foire. J'ai eu la chance de pouvoir parler plusieurs fois avec lui quand j'allais à son atelier. Je n'ai pas connu son épouse qui était aussi santonnière, mais j'ai vu plusieurs fois une personne âgée qui venait parfois à l'atelier. Je crois que c'était sa belle-mère.
J'ai beaucoup regretté que Paul Fouque, l'âge venant, soit obligé de cesser son activité. La nouvelle de sa mort m'a chagriné. Il faisait partie de ces gens si vivants qu'on ne croit pas possible qu'ils puissent mourir un jour. Son style était unique, reconnaissable entre tous. Certes la relève est assurée par de nouveaux talents, mais je garde la nostalgie de ce qui demeure pour moi un peu comme l'âge d'or du santon.

Avec un peu de retard j'ai fait enfin développer les photos argentiques de la crèche 2005 de l'église du village.
Les santons sont en plâtre, mais anciens, fin XIXème ou début XXème, ils font 45 cm de hauteur. leur taille est impressionante. Le décor est fait uniquement avec des éléments naturels : pins, cade, romarin, thym, mousse, feuillages, lichens, cailloux, pierres, branchages. La grotte est faite avec des souches d'oliviers arrachés après la gelée de 1956 et jetés dans un fossé envahi de ronces. Depuis 3 ans, grâce à des amis qui me les ont donnés, ils ont trouvé leur place dans la crèche.
Au second plan au-dessus de la grotte, en terre cuite, le berger coup de Mistral de Paul Fouque, 30 cm, avec quelques moutons en laine. Deux autres santons de Paul Fouque, un de Thérèse Neveu ( tous trouvés aux enchères sur internet à un prix honnête) complètent l'ensemble. Quelques santons habillés de même taille, offerts par des paroissiens trouvent aussi leur place dans le décor.

Au premier plan, à gauche, un berger debout, son chapeau à la main, et un autre à genoux, au fond, toujours à genoux un autre berger entre le boeuf et l'âne, et un autre encore, sur la droite, à genoux, avec un enfant devant lui, un agneau couché et un autre debout.
Ces santons, c'est comme si je les avais toujours connus. Ils sont encore là, figés dans la même attitude. Ils m'émerveillent encore comme aux premiers jours de ma plus tendre enfance. Ils n'ont pas changé, pas vieilli, ils sont comme hors du temps malgré quelques traces d'égratignures qui sont là pour témoigner du passé et rappeler la réalité de leur condition.
Lorsque je les dispose dans le décor de la crèche, je les manipule avec beaucoup de précaution, comme des reliques véritables. Je les considère, au delà de toute croyance religieuse, comme les porteurs du sens profond des choses que nous ressentons parfois sans pouvoir l'exprimer par des mots car cela nous dépasse, comme quelque chose situé devant un horizon lointain et insaisissable.

Dans le village, les bergers étaient des personnages à part, différents des paysans et autres habitants. Conduire un troupeau, en confier la garde à son chien, passer sa journée dans la campagne, voilà qui inspire le respect et la crainte. Enfant, les bergers du village me paraissaient des personnages irréels. J'en avais un peu peur. Ils exerçaient non pas un métier mais une sorte de mission hors du commun, fascinante, presque sacrée.
Dans ma crèche bergers et moutons tiennent les premiers rôles, occupent les premières places, comme ces deux bergers de Paul Fouque protégeant un agneau sous leur bras, pour lesquels j'ai une tendresse particulière. J'aime ces moutons de Paul Fouque, leur robe laineuse, épaisse, leur regard particulièrement émouvant. Je crois que Paul Fouque sera reconnu dans l'histoire provençale comme un très grand santonnier qui savait sculpter de belles figurines avec beaucoup de réalisme et d'élégance mais sans excès ni recherche du "joli". Son style a la fraicheur des choses simples. Il donne parfois un air un peu gauche à ses personnages, avec une touche de naïveté, comme l'exige le santon pour se différencier de la statue académique aux formes trop épurées, trop bien léchées pour être vraies. Voilà je crois un très grand santonnier que j'ai eu la chance de surprendre en plein travail lors de visites à son atelier d'Aix.




